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FRANCE's GENOCIDES (1995-2000) (22)

by "Johan Viroux" <ABC.Service.Langues@[EMAIL PROTECTED] > Mar 31, 2005 at 03:08 PM

Verschave François-Xavier, Noir silence / Qui arrêtera la Françafrique ?,
éd. Les Arènes, 2000
(p.333)

La privatisation de la guerre, c'est encore plus d'irresponsabilité. C'est
l
'impunité des crimes politiques. Elle est incompatible avec les (p.334)
choix de civilisation de l'Union européenne. LaFrance et les pays de

l'Union se doivent de ratifier la convention adoptée par l'ONU en

1989, qui condamne (,le recrutement, l'utilisation, le financement et

l' entraînement de mercenaires ". Puis ils devront se mobiliser pour la

faire appliquer à l'échelle mondiale. À quoi servirait que les Quinze

aient unanimement voté la création d'une Cour pénale internatio-

nale, capable enfin de sanctionner les crimes collectifs les plus graves,

s'ils laissaient de vrais-faux "privés" les commettre à la place des

forces dites régulières ?

Les holdings mercenaires, observe le politologue Richard Banégas,

ressemblent aux " grandes compagnies concessionnaires qui, avant et

pendant la colonisation, assurèrent leur prospérité par la militarisa-

tion du commerce, en se faisant octroyer, au besoin par la coercition,

des contrats exclusifs d' exploitation des ressources naturelles".

Guidées en fait par les services secrets occidentaux, ces entreprises

en armes aspirent à disposer de l'usage de la "violence légitime" au

lieu et place des États, jusqu' à être dotées de « presque tous les pou-

voirs de la souveraineté 1 ',. Quelle régression !

On nous dit qu' il serait irréaliste d' enrayer la montée des armées

privées. Même des responsables de l' ONU ont discrètement rencon-

tré mi-mars 1999 les dirigeants des compagnies MPRI, Sandline,

Executive Outcomes et Levdan pour envisager de travailler avec elles

de manière "relativement" institutionnelle 2. Mais tolérerions-nous

en Europe la présence de telles armées, guidées de surcroît par une

puissance étrangère ? Si nous ne l'acceptons pas chez nous, pourquoi

croyons-nous que les Africains devraient l' accepter ? .

En France, l' on pourrait commencer par sortir des oubliettes les

articles 85 et 89 du Code pénal : « Sera puni d'un emprisonnement

de un à cinq ans et d'une amende de 3 000 francs à 40 000 francs,

quiconque, en temps de paix, enrôlera des soldats pour le compte

d'une puissance étrangère, en territoire français},. Encourent la

détention criminelle à perpétuité « ceux qui auront levé ou fait lever

des troupes armées, engagé ou enrôlé, fait engager ou enrôler des sol-

dats ".



(p.335) La France et son armée sont de plus en plus gênées pour interve-

nir directement dans les conflits africains. Alors, elles considèrent

l' armée tchadienne, formée ou déformée par leurs soins, comme un

réservoir de combattants. On peut y puiser à loisir un contingent

tout-terrain, bénéficiant de la logistique tricolore, pour intervenir

dans les conflits de la région. Par procuration. Un tel contingent par-

ticipe à la guerre ethnique au Congo-Brazzaville, aux côtés de Denis

Sassou Nguesso. Un autre a été envoyé combattre au Congo-

Kinshasa avec les alliés de Kabila. Un troisième a déconsidéré la

force interafricaine d'interposition en Centrafrique. Le recours aux

troupes de Déby n' est pas des plus judicieux, et l' expérience a donné

des résultats mitigés. Elle est néanmoins significative.

Au long des années quatre-vingt-dix, des commandos burkinabè

ont eux aussi joué les tirailleurs de la Françafrique, au Liberia et en

Sierra Leone. Moins dépendantes de Paris, des légions angolaises,

équipées entre autres par le réseau Pasqua, concourent aux intérêts

français dans les deux Congos. Le tout bénéficiant des libéralités de

l'ami Kadhafi.



pax franca (p.336)



(p.338) Les tirailleurs de la Françafriqueseront le plus souvent de la
chair
à canon. Comme leurs arrière-grands-oncles, « la force noire à consommer
avant l'hiver » dont parlait Clémenceau *, quand débarquèrent les renforts
africains à l'automne 1914.



·         in : Fottorino Eric, in : OPCF, La politique africaine au
Parlement français, Karthala, 1998, p.22



(p.345) Je résume . Glencore a gagné des milliards sur le pétrole russe,
de

concert avec les décideurs moscovites, ce qui a creusé d' autant la

faillite financière de la Russie. Ces décideurs-là ont aussi bradé

l'arsenal de l'Armée rouge, les créances de leur pays 1, plus dix mil-

liards de dollars du FMI. Beaucoup de perdants, quelques gagnants.

Une part de ces flux (pétrole, armes, dettes) viennent se brasser entre

la Bank of New York et les eaux profondes de l' offshore angolais. Elf

et les réseaux sont aUX premières loges. Ils sont au mieux avec le pré-

sident Dos Santos et les dirigeants de Luanda.



(p.347) A cheval entre les Services et les affaires, il se fait volontiers
trans-

****ter et accompagner en Libye par son ami Dominique Bouillon.

Ce fastueux promoteur immobilier possédait la compagnie aérienne

Air Entreprise. Protégé de l'ancien ministre de la Justice Jacques

Toubon, il accompagna la belle-fille de ce dernier, Sophie Deniau,

dans le naufrage de la station de ski Isola 2000. Une sombre affaire 4.

Elle a coûté au contribuable français 253 millions de francs, com-

plaisamment ajoutés au trou du Crédit Lyonnais, fin 1996, par le

ministre des Finances Jean Arthuis, un collègue de Toubon. Ce der-

nier préside le Club 89, un concentré de Françafrique. Marchiani

n' est pas pour rien dans ce dossier verglassé, ni son entregent dans le

monde arabe : il conservait des liens très amicaux avec Sophie

Deniau, ancienne attachée de presse de Charles Pasqua ; c' est lui qui

proposa au tandem Bouillon-Deniau l"affaire'' Isola 2000. La sta-

tion appartenait au richissime homme d' affaires libanais Tarek Abu

Kater via une holding luxembourgeoise, la SIADF, filiale d'une

société libérienne. Le Liberia est trop ruiné pour qu'une société

puisse y fonctionner ;  c' est par contre un paradis fiscal, et une plaque

tournante du trafic de drogue. Une filiale du Crédit Lyonnais finance

comme il se doit l' achat de cette étrange personne morale, la SIADF, à
hauteur de 450 millions. La station de ski fait faillite, une partie de
l'argent s'est envolée au Luxembourg.



(p.350) L'une de ces fonctions est la justice. Ce n'est pas en la bafouant

que l'on améliorera les choses en Libye, en France et en Afrique. Or,

avant même le procès de mars 1999 contre les six responsables

libyens de l'attentat contre le DC10 d'UTA, qui fit dix ans plus tôt

170 morts, Paris adressait un courrier diplomatique officiel selon

lequel " le gouvernement libyen avait donné satisfaction aux autorités

judiciaires françaises en ce qui concerne l' attentat perpétré contre le

vol UTA 722 ". Tripoli n' avait ni jugé, ni livré ces terroristes à la
jus-

tice française, réduite à les condamner en leur absence. Kadhafi

s'était contenté de verser une indemnisation forfaitaire. Furieuses,

les familles des victimes ont obtenu l'instruction d'une plainte contre

Kadhafi.



(p.352) En principe, la présence de l'armée française en Afrique est
struc-

turée, au début de l'an 2000, par huit accords de défense

(Centrafrique, Cameroun, Comores, Côte d'Ivoire, Djibouti,

Gabon, Sénégal, Togo), plus d'une trentaine d'accords d'assistance

militaire technique (Algérie, Bénin, Burkina, Burundi, Cameroun,

Centrafrique, Comores, Congo-B, Côte d'Ivoire, Djibouti, Gabon,

Guinée, Guinée équatoriale, Madagascar, Mali, Maroc, Maurice,

Mauritanie, Niger, Rwanda, Sénégal, Seychelles, Tchad, Togo,

Tunisie, Zaïre... 2), et des troupes permanentes dans cinq pays

(p.353) (570 hommes en Côte d'Ivoire, 3 000 à Djibouti, 580 au Gabon,

1 060 au Sénégal et 980 au Tchad). L'accord de défense avec le

Centrafrique s'est perdu dans la forêt. Certains accords d'assistance

ne sont plus appliqués - avec le Rwanda par exemple. Les effectifs

prépositionnés dans les bases africaines sont en nette diminution (de

8 000 en 1997 à 5 600 en 2002), économies obligent. Mais l'armée

française renforce en même temps ses capacités de "projection"

rapide. Elle a aussi créé dix écoles d'officiers à vocation régionale 1,

qu' elle compte marquer de son influence.

Cette présence militaire française souffre d' au moins trois vices de

consentement :

- à la fin de 1999, la plupart des accords, signés dans la foulée

d'indépendances largement confisquées, étaient au service de pou-

voirs illégitimes (dictatures ou " démocratures") ;

- ils servent les desseins d'une puissance étrangère, la France,

dont la politique africaine manque considérablement de lucidité,

faute d' avoir fait le deuil de son Empire;

- ils renforcent le plus souvent des armées, des gendarmeries ou

des gardes présidentielles à base régionale ou clanique, sinon raciale.



(p.354) Quelques hommes politiques  français ont pris conscience du

caractère intenable de cette présence militaire contrainte. Ce n'est

pas étonnant de la part de l' ancien Premier ministre Pierre

Messmer . ayant lui-même combattu dès 1940 pour l'indépendance

(p.355) de son pays, avant de se retrouver aux premières loges des guerres

coloniales en Indochine et en Algérie, il a vite compris que le mouve-

ment de décolonisation était irrépressible. Il est l'un des rares

hommes d'État français à tirer les conséquences des indépendances

africaines 1 .



« Je suis très réservé sur les interventions [militaires] fran- .

çaises [en Afrique]. J' en ai vu dès le début les difficultés et les

ambiguïtés. Tout a été dévié et ce, dès les années soixante. /.../

Avons-nous vraiment raison de jouer le dernier gendarme

blanc en Afrique noire ? /.../ Il faut éviter le plus possible

d'intervenir /.../. Voyez ce qui s'est passé au Rwanda : j'estime

que l'intervention française dans ce pays a été plus nuisible

qu'utile. La France est intervenue d'abord et pendant plusieurs

années pour maintenir le régime du président Habyarimana.

Elle n'a rien fait au moment du génocide /.../.

[Les] accords de défense sont caducs. Ils sont dépassés. /.../

Soit, il faut les dénoncer purement et simplement. Ce qui ferait

grincer des dents et inquiéterait, on s'en doute, les États afri-

cains /.../. Soit, on se contente de les appliquer stricto sensu :

"Ils ne doivent servir qu' en cas d' agression extérieure". Ainsi

ils ne seraient jamais appliqués... et il n'y aurait plus d'inter-

vention 2. "
 




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FRANCE's GENOCIDES (1995-2000) (22)
"Johan Viroux"   2005-03-31 15:08:05 

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