.... Ravitailler des troupes qui combattent à des milliers de kilomètres
de leur métropole n'est jamais une mince affaire. Dans le Pacifique, s'y
ajoutait naturellement l'absence de route, qui contraignait les
belligérants à ne pouvoir compter que sur les trans****ts maritimes et
aériens. Malheureusement pour eux, les Japonais souffraient dans ces
deux domaines d'un immense retard quantitatif et qualitatif par rap****t
à leurs rivaux américains.
A peine suffisante dans l'avant-guerre pour rencontrer les besoins
essentiels du pays, la marine commerciale japonaise était par trop
sous-dimensionnée pour ramener au Japon les riches arrachées aux pays
conquis, ou ravitailler les garnisons qui s'y étaient installées. Et
l'était d'autant moins que les sous-marins américains, profitant
là-encore de l'imprévoyance nippone dans le domaine des navires
d'escorte, se mirent rapidement à la tailler en pièces : de 1942 à 1945,
plus de 4 millions de tonnes de navires japonais, soit 2 106 des 2 337
navires de commerce nippons repris au Lloyd's Register de 1939, furent
envoyés par le fond !
Le constat était tout aussi dramatique dans le domaine de l'Aviation de
Trans****t qui, à aucun moment, n'avait bénéficié de la moindre priorité.
Faute de ravitaillement maritime ou aérien, les garnisons japonaises
étaient donc condamnées à périr après les autres face à l'impitoyable
rouleau-compresseur américain qui, bien que fort lent, progressait de
manière inexorable, assuré quant à lui de ne jamais manquer d'hommes, de
munitions, de vivres, d'essence ou de pièces de rechange.
Début février 1943, et malgré le sacrifice de milliers de combattants,
l'État-major japonais dut se résoudre à jeter l'éponge et à évacuer de
Guadalcanal, ainsi que des îles avoisinantes, les rares soldats encore
en mesure de combattre.
Ce fut en quelque sorte le Dunkerque japonais. En trois nuits, les
destroyers nippons parvinrent à extirper l'essentiel des survivants - à
vrai dire peu de choses - au cours de manoeuvres magistralement
exécutées à toute vitesse entre les îles, dans l'obscurité totale,
manoeuvres que les marins américains, par dérision, appelèrent bientôt
le "Tokyo Express".
Le 9 février, après six mois de combats, les Marines américains étaient
enfin seuls maîtres d'une île qui, cette fois, ne marquait plus, comme à
Midway, l'arrêt de l'expansion japonaise, mais bel et bien son reflux.
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