Les gueux ces temps-ci deviennent, je suppose que tu l'as noté,
dangereusement
irrévérencieux.
Je dirais même qu'on ne les tient plus, et toi, je ne sais pas, mais pour
ce qui me concerne,
j'escompte que le patronat les matera, parce que j'en ai un peu ras le cul
de cette plèbe
geignarde qui se prend pour le centre du monde - et refuse d'envisager que
ses légitimes
propriétaires puissent eux aussi passer par les affres des fins de mois
difficultueuses.
Je pense, naturellement, aux salarié(e)s de l'usine (Renault-)Dacia de
Pitesti, Roumanie, dont
l'âpreté au gain a quand même quelque chose de profondément répugnant.
Voilà des gens qui, au sortir du (long) règne de Nicolae Sark...
Ceaucescu, n'étaient rien.
Mais ce qui s'appelle: rien.
Voilà des gens qui ressemblaient d'assez près à des merdes
post-communistes, infoutues de
se prendre en main et qui, mollement avachies au coin du ballast,
regardaient passer le train
festif de la mondialisation sans même que l'idée les effleure de se faire
une place dans le
wagon de queue.
Des branleurs, quoi - recroquevillés sur leurs avantages acquis et
totalement hermétiques
aux joies saines du Capital.
Arrive (Renault-)Dacia, qui leur offre, excusez du peu, de retrouver leur
dignité - sous la forme
d'un salaire de folie de, tiens-toi bien, 285 euros mensuels.
Byzance.
(Je vois monter à tes yeux des larmes, et comme je te comprends: moi
aussi, je pleure de joie,
à chaque fois que m'est donné de mesurer concrètement la joliesse du
libéralisme.)
285 euros bruts, naturellement - faut pas non plus exagérer, trop de
subite luxuriance aurait
tué à coup sûr le salariat désoviétisé.
Bon, (Renault-)Dacia les sort du caniveau dégueulasse où ils cuvaient leur
communisme.
(Renault-)Dacia fait de ces loqueteux assistés des libres citoyens du
Marché du même nom.
(Renault-)Dacia les ouvre, comme on ferait d'une huître, aux Beautés de la
Concurrence.
(Renault-)Dacia leur allonge tous les mois une petite fortune.
Et que font ces bâtards?
Est-ce que tu crois qu'ils remercient (Renault-)Dacia?
Est-ce que tu crois qu'ils vont rendant, comme nous aurions fait, toi et
moi, mille et mille
grâces à leur si généreux mécène?
Peeeeenses-tu!
Les voilà qui se mettent en grève!
Générale, de surcroît!
Ils réclament - t'es assis(e)?
Une "augmentation"!
Et voilà comment ces gens sont (tu changeras pas le prolétariat): tu leur
donnes ça, ils te
chient dessus et réclament ça.
Tu leur donnes le doigt - le majeur, dûment vaseliné - mais naturellement:
les voilà qui au
bout d'à peine quelques années d'esclav... De salariat te bouffent le
bras.
Ces tristes salauds, je te le dis, outre qu'ils puent l'alcool de prune
(leur gigantesque
émolument ne les a pas détournés de leurs sinistres habitudes
alimentaires), sont
littéralement obsédés par le fric.
Et les voilà qui tout soudain psalmodient le si laid refrain de chevet de
la racaille
altermondialiste, partageons-les-richesses, partageons-les-profits, toutes
ces conneries
obscurantistes.
Et les voilà qui vagissent, avec leur sale accent de créatures des
Carpates: "Aaaaah, oui,
mais (Rrrrrenault-)Dacia fairrrrre grrrrrâce à nous grrrrros bénéfices,
avoirrrrr gagné 150
millions eurrrrros cette année, mais nous pas voirrrrr couleurrrrr
arrrrrgent".
Mais attends, sale petit salaud égoïste, (Renault-)Dacia te file 285 euros
bruts à la fin de
chaque mois, PLUS des "réductions dans les trans****ts en commun" (1), et
tu oses encore
ouvrir ta gueule?
Ah, putain, ça me fout en rogne.
Reusement: les big bosses de (Renault-)Dacia ont réagi avec toute la
vigueur nécessaire.
Si tu crois qu'on est du genre à négocier avec des preneurs d'otages,
ont-ils expliqué en
substance, tu te mets le doigt dans l'oeil jusqu'à l'épaule (et t'as qu'à
en profiter pour te
chatouiller un peu l'intestin grêle).
Ton augmentation, tu te la prends, tu te la roules, et tu t'en fais une
sonde.
Noutre, si tu n'es pas content: je délocalise vite fait la fabrication de
ma Logan en Tamoulie
orientale.
Et tu vas me dire: oui mais, si demain les Tamouls orientaux à leur tour
te font chier à grands
coups de revendications ouvertement staliniennes?
Ben tu vois, je m'en cogne, agade comment que je m'en tamponne: je
délocaliserai ailleurs.
Et quand la Terre entière fera grève: j'irai m'installer sur Vénus.
Là-bas les miséreux ont le sens du travail bien fait, je devrais m'en
tirer pour 17 euros par
mois - et il va de soi une réduction sur le trans****t.
J'en ai rien à foutre, mon gars, de tes pleurnicheries.
Pour que ceux qui ont tout continuent de s'empiffrer?
Faut que ceux qui n'ont rien continuent d'avoir faim.
C'est la juste loi de la nature.
Tant que t'auras pas compris ça?
Nous deux, ça n'ira pas.
http://vivelefeu.blog.20minutes.fr/archive/2008/03/25/allons-nous-tolerer-longtemps-l-arrogance-
inouie-de-ces-roum.html
(1) "Libération".
--
Maurice


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