.... l'Allemagne nazie manquait de matières premières pour son industrie
de guerre. Le Japon s'était emparé de grandes quantités de matières
premières, mais manquait d'armes modernes pour les défendre.
Entre ces deux pays, par ailleurs confrontés à un ennemi commun,
s'instaura donc un commerce basé sur le troc : de grands sous-marins
océaniques allemands ou japonais chargeaient du Wolfram, du caoutchouc
ou de l'étain au Japon, et ramenaient d'Allemagne des plans techniques
ou des armes allemandes complètes que les ingénieurs japonais n'avaient
plus qu'à copier.
En 1940 déjà, Kawasaki avait acquis la licence de fabrication d'un
moteur en V inversé, refroidi par liquide, qui n'était autre... que le
Daimler-Benz DB-601 du Messerschmitt 109. Mais, faute de demande, il
fallut attendre 1943 pour qu'apparaisse un chasseur lourd - le Kawasaki
Ki-61 "Hien" - équipé de ce moteur.
Sans surprise, les Japonais, qui ne possédaient aucune expérience dans
ce domaine, s'inspirèrent très largement... du Messerschmitt 109
allemand pour dessiner la cellule. Si les premiers exemplaires
manquaient de puissance de feu, la livraison, fin 1943, d'un lot de 800
canons Mauser, obligeamment ap****tés par un sous-marin, remédia à ce
problème et permit la construction d'environ 400 appareils qui, sur le
papier, correspondaient enfin aux critères occidentaux en matière de
protection et d'armement.
Dans la pratique, hélas, la réalité fut fort différente. Atypique à tout
point de vue, le Ki-61
(http://bp1.blogger.com/_VsNSi_tHDW4/R-mI2xC7-rI/AAAAAAAABQ4/tNsfMQhxUR8/s1600-h/1850.jpg)
ne plaisait pas à ses pilotes qui, habitués aux bien plus légers "Zéro",
lui reprochaient sa lourdeur ainsi que sa vitesse d'atterrissage très
élevée, source d'innombrables accidents. De plus, les canons allemands
digéraient fort mal les munitions et le système électrique japonais, et
le moteur allemand encore plus mal l'essence japonaise au trop faible
indice d'octane.
En unités, dans le dénuement des îles perdues du Pacifique, s'y ajouta
l'incapacité des mécaniciens, quant à eux habitués aux rustiques moteur
en étoile refroidis par air, d'entretenir correctement le fragile et
fort complexe V12 germano-nippon, par ailleurs généralement livré sans
le moindre manuel d'entretien.
Il en résulta des taux d'indisponibilité records, et à vrai dire sans
équivalent chez aucun autre belligérant, ainsi qu'un profond sentiment
de découragement chez les pilotes qui, au moment de monter dans leur
appareil, ne savaient jamais si celui-ci parviendrait ou non à prendre
l'air, à intercepter ou non les bombardiers ennemis, et à les ramener ou
pas à bon ****t...
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