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Historique des techniques de sélection, par Jean-Pierre Berlan (directeur de recherche à l’INRA)

by djm <toutestbon@[EMAIL PROTECTED] > Apr 14, 2008 at 10:01 PM

http://web.archive.org/web/20041206141401/www.graines.org/article.php3?id_article=51
jeudi 15 avril 2004, par Céline Guilland			

Ce texte est extrait d'une conférence donnée par Jean-Pierre Berlan
(directeur de recherche 
à l'Institut National de Recherche Agronomique / INRA) 

Nous allons maintenant passer en revue ces différentes normes de
Terminator. Il faut pour 
cela faire un bref historique des techniques de la sélection. Je vais vous
parler de la 
méthode de l'isolement (du début dix-neuvième siècle jusqu'à environ
1860), ensuite de la 
méthode de sélection "continue" de 1860 aux années 1890 lorsque les
sélectionneurs 
reviennent à la technique de l'isolement. Ce détour par l'histoire
permettra de comprendre 
la fameuse technique de sélection qui domine le 20ème siècle dite des
"hybrides" et les 
mystifications qui l'entourent. La méthode de l'isolement Les gentilhommes
sélectionneurs 
anglais découvrent la méthode de l'isolement au début du dix-neuvième
siècle. Ces hobereaux 
anglais sont, vous le savez, férus des nouvelles techniques agronomiques.
Ce sont de grands 
améliorateurs de plantes et d'animaux. Ils cherchent à accroître la
productivité de leurs 
domaines. Ces hobereaux anglais constatent (observation fine, intelligente
et pertinente) 
que les céréales qu'ils cultivent, le blé, l'orge, l'avoine, "breed true
to type", c'est-à-
dire que, prise isolément, chaque plante se reproduit identiquement à
elle-même d'une 
génération à la suivante, pourvu qu'on la reproduise à partir d'un seul
épi, voire même 
d'un seul grain. A l'origine, quand ils découvrent dans un champ, par
hasard, une plante 
exceptionnelle, isolée en quelque sorte naturellement, ils la reproduisent
et la 
multiplient. Si la plante reproduite et multipliée se révèle effectivement
meilleure que le 
mélange de plantes qu'ils cultivent, ils vont cultiver cette plante, ce
modèle unique, 
plutôt que le mélange. (Si je puis me permettre une digression, supposez
que je puisse vous 
cloner - vous êtes tous différents, c'est le propre des êtres vivants
d'être uniques. S'il 
y a parmi vous un type humain qui m'intéresse plus qu'un autre - par
exemple, un Stakanov 
ou un Schmidt (le cobaye de Taylor) - je pourrai le multiplier et vous
remplacer tous. Vous 
voyez l'intérêt du clonage humain pour construire une société enfin
"rationnelle", où 
chacun occupera les fonctions pour lesquelles il sera vraiment conçu.
Pensons aussi à 
"Dolly". Dolly n'est pas autre chose que la mise en oeuvre de cette
technique de 
l'isolement dans le cas d'un mammifère. Notre "modernité" bio-moléculaire
et génétique 
repose sur des conceptions vieilles de deux siècles !). Voici quelques
citations. 

Percival - un grand sélectionneur de blé - publie en 1921 une histoire de
la sélection du 
blé en Angleterre. Il écrit à propos de la variété 'Chidham" : "Le vieux
blé Chidham 
cultivé dans le pays entre approximativement 1800 et 1880 (Notez que la
plante est restée 
identique à elle-même pendant quatre-vingt ans) ou plus tard, provenait
d'un seul épi, 
trouvé sur une plante poussant dans une haie, à Chidham dans le Sus***."
Evershed écrit en 
1884 dans le Journal of Royal Agricultural Society (l'Académie
d'Agriculture à l'époque où 
elle était plus prestigieuse que l'Académie des Sciences) : "En Ecosse,
Patrick ****rreff a 
développé son blé "Mungoswell" à partir d'une plante qui avait survécu à
l'hiver sévère de 
1813." Patrick ****rreff écrit en 1841, toujours dans le Journal de la
Royal Agricultural 
Society : "Rendant visite à un ami au cours de l'automne de 1832, je fus
frappé par un épi 
de blé qui avait été sélectionné dans un de ses champs, à la ferme de
Drew, et je décidai 
de le propager à partir de ces semences. Le produit de cet épi se révéla
être une nouvelle 
variété, que j'appelai "Hopetoun" qui fut vendue en 1839." 

Résumons : on découvre une plante exceptionnelle que l'on reproduit et
l'on multiplie car 
elle conserve ses caractéristiques ; et si la plante se révèle aussi
exceptionnelle qu'on 
le pensait lorsqu'on la cultive seule, on en fait une nouvelle variété que
l'on peut 
reproduire et cultiver année après année. On peut appliquer cette
technique à des plantes 
isolées naturellement, mais on peut aussi l'appliquer systématiquement. En
1831, John Le 
Couteur, à Jersey, comprend (sous l'influence du botaniste espagnol La
Gasca) qu'un champ 
de blé est constitué d'un mélange de plantes, chacune d'elle se
reproduisant identiquement 
à elle-même. Pour améliorer le blé, il suffit d'isoler les modèles
souhaitables, de les 
cultiver et de les multiplier individuellement. Si l'on trouve un modèle
de plante 
supérieur à la moyenne du mélange cultivé, on remplace le mélange par ce
modèle unique de 
plante :: c'est la technique de l'isolement. Voici comment Le Couteur
décrit sa découverte 
dans le livre qu'il publie en 1836 : "On obtiendrait la plus grande
production si chaque 
épi produisait un grain dodu fine pellicule transparente de son, comme le
font certains 
blés de Danzig sélectionnés à partir d'un mélange". Et il ajoute, une page
plus loin avec 
une fierté légitime : "Aucun auteur n'a jusqu'ici attiré l'attention du
monde agricole sur 
la culture de types ("sorts") purs, provenant d'un seul grain ou d'un seul
épi." Le Couteur 
et La Gasca ont découvert la technique d'amélioration qui domine à l'heure
actuelle la 
sélection des plantes et des animaux. Autant donc pour le discours
triomphaliste de la 
génétique... La "sélection continue" de Hallett : une mystification
fondatrice Pourtant, 
vers 1860, cette sélection ponctuelle, définitive, une fois pour toute,
laisse la place à 
une méthode nouvelle qui s'appuie sur des principes scientifiques
nouveaux. C'est, la 
méthode de sélection "continue" selon laquelle il faut poursuivre
constamment la sélection. 
Voici comment le grand Darwin la présente : "Le major Hallett a été
beaucoup plus loin que 
Le Couteur, et par une sélection continue des plantes issues d'un même
épi, a rendu son blé 
et ses autres céréales fameux dans de nombreuses parties du monde." Il
faut sélectionner le 
blé de façon continue, poursuivre sans relâche le travail de sélection.
Cette méthode est 
conforme aux nouveaux principes darwiniens. Pour Darwin, lorsque cesse la
pression de la 
sélection, les plantes ou les animaux ont tendance à revenir à une sorte
d'état naturel 
atavique, de régresser vers un état naturel, de perdre les qualités que le
sélectionneur 
avait introduit par sélection artificielle. Liebscher, Directeur de
l'Institut Agricole de 
Gotingen, exprime en 1897 cette même idée de la nécessité d'une sélection
continue : "Les 
variétés se détérioreront, écrit-il, à moins que l'on prenne le plus grand
soin de 
l'éviter, en sélectionnant les individus les meilleurs comme plantes-mères
pour la 
propagation continue de la variété". Hallett le confirme en 1877 : "Il est
de la plus haute 
im****tance d'acheter des semences fraîches de Brighton, où l'on poursuit
la sélection, sans 
laquelle aucune souche ou quoi que ce soit ne peut se conserver."
Autrement dit, le blé, 
l'orge ou l'avoine qui conservaient leurs caractéristiques au début du
siècle, se 
"détériorent" maintenant dans le champ du paysan ! Pourquoi ? Vous le
savez, mais il vous 
manque encore un élément. Voici ce qu'écrivait Hallett en 1881 : "La
découverte 
scientifique de la loi de développement des céréales ( c'est la découverte
de la sélection 
continue par Hallett, la découverte "scientifique" - j'insiste) n'étant
pas un procédé ni 
une invention mécanique, un brevet n'était pas possible ... Le major
Hallett a été obligé 
en 1860 d'adopter un nom de marque commerciale (puisqu'il n'y avait que ce
moyen de 
protection) le mot "pedigree", appliqué aux céréales et aux autres
plantes. Ce mot figure 
sur le sceau de tous les sacs qu'il expédie. Toute violation sera
poursuivie et sévèrement 
punie." En d'autres termes, Hallett est un sélectionneurs-semencier
professionnel. Jusque 
vers 1860 cessaient leur travail. Comment prouver (ou infirmer) les
assertions de Hallett à 
propos de variétés améliorées par sa sélection continue ? Ce n'est qu'au
cours des années 
1920 que les avancées de la théorie statistique mettront à la disposition
des scientifiques 
des méthodes expérimentales permettant de dire avec une fiabilité donnée,
si, en effet, 
telle variété (tel modèle génétique) est meilleure que telle autre dans un
milieu donné. En 
attendant, la science ne peut trancher. L'échec d'une variété peut
toujours s'expliquer par 
vingt raisons différentes : "vous avez semé trop tôt", "vous avez semé
trop tard", "il 
faisait trop humide", " trop sec", "vous n'aviez pas un bon précèdent
cultural","vous 
n'avez pas fait une bonne préparation du sol", etc... Retour à la lignée
pure - à la 
technique de l'isolement A la fin du siècle (en 1892 très précisemment), à
l'Institut 
Swalöf, institut suédois célèbre dans les milieux de l'amélioration des
plantes, H. Nilsson 
constate que la méthode de sélection continue qu'il applique ne "marche"
pas, c'est-à- dire 
qu'aucune amélioration ne se produit. En étudiant ses carnets
d'expériences, il se rend 
compte que les très rares cas où ses parcelles expérimentales sont
homogènes et constituées 
de plantes identiques ou presque les unes aux autres, sont celles où il a
semé les graines 
d'une seule plante - faute de trouver d'autres plantes ayant les
caractères qu'il 
recherchait. En d'autres termes, les plantes de blé, d'orge et d'avoine
"breed true to 
type" ce qu'il vérifie l'année suivante. Il redécouvre alors
indépendemment la technique de 
l'isolement, celle-là même des gentilhommes-agriculteurs anglais du début
du siècle, celle 
qu'avait codifiée Le Couteur en 1836. 

Cette technique que redécouvre expérimentalement Nilsson n'est autre que
la technique "des 
lignées", qui domine toute la sélection des plantes encore à l'heure
actuelle. Enfin, en 
1903, Wilhem Johanssen démontre théoriquement qu'en effet la technique de
sélection 
continue de Hallett était incapable d'améliorer quoi que ce soit. La
raison en est simple : 
du fait même que Hallett commençait par isoler une plante, puis
sélectionnait dans la 
descendance d'un seul grain, il supprimait au départ toute variabilité
génétique ; Hallett 
sélectionnnait donc des variations liées à l'action du milieu sur la
plante, il 
sélectionnait du vent ! En résumé, le 19 ème siècle voit le remplacement,
au nom de la 
science, d'une méthode efficace d'amélioration des plantes (mais sans
profit pour le 
sélectionneur) par une méthode d'expropriation, qui ne permet pas
d'améliorer quoi que ce 
soit, mais crée un profit pour le sélectionneur. La technique dite des
"hybrides" au 
vingtième siècle n'a fait que reproduire à une échelle élargie cet épisode
fondateur du 19 
eme siècle. Et les OGM sont en train de reproduire à une échelle encore
élargie au 21 ème 
siècle ce que les "hybrides" ont fait au 20 ème. 

Un seul scientifique à ma connaissance s'est rendu compte de l'influence
que l'économie 
polique pouvait exercer sur la construction des vérités scientifiques.
Hugo de Vries est 
l'un des redécouvreurs des lois de Mendel, et c'est probablement le
biologiste le plus 
influent de la première décennie de ce siècle. Voici ce qu'écrit H de
Vries en 1907 : 
"L'assertion que les plantes se détériorent dans le champ de l'agriculteur
a une 
signification profonde pour la pratique agricole et a exercé aussi une
influence 
considérable dans la discussion des questions théoriques ["les questions
théoriques". 
J'insiste : le contenu même des théories scientifiques est influencé par
le système social 
et son économie politique. Ce constat est anathème pour les scientifiques
dont tous les 
efforts tendent à être objectifs et confondant ainsi un état avec un
processus]. Il est 
facile de voir que le gain du sélectionneur d'une variété dépend en grande
partie de 
l'acceptation de cette proposition. Dans les variétés de Le Couteur et de
****rreff, toutes 
les semences ont la même valeur, et pourvu que l'on garde les races pures
et sans mélange, 
chacun peut les multiplier avec le même succès que le sélectionneur ; mais
sur la base des 
principes de Hallett, tout le profit de la production de semences fiables
reste entre les 
mains de celui qui possède le pedigree original ." 

Puis-je regretter que mes collègues sélectionneurs de l'INRA et les
spécialistes de la 
transgénèse aient oublié ou négligé de lire ce texte de de Vries et de le
méditer. 

Les "hybrides"
Maintenant que vous avez savez ce qu'est la technique de l'isolement,
celle dite des 
"hybrides", est simplissime à comprendre : ce qu'on appelle "les hybrides"
chez le maïs, 
c'est tout simplement la technique de l'isolement appliquée à une plante
qui ne "breed pas 
true to type" à l'état naturel. A la différence du blé, de l'orge, de
l'avoine, le maïs est 
en effet une plante à fécondation croisée [allogame]. De ce fait, elle ne
se reproduit pas 
à l'identique d'une génération à la suivante. Par conséquent appliquer la
technique de 
l'isolement à une espèce qui perd ses caractéristiques individuelles d'une
génération à la 
suivante interdit à l'agriculteur de semer le grain qu'il récolte.Voyons
de façon plus 
détaillée en quoi consiste cette technique. Pour mettre en œuvre la
technique de 
l'isolement nous avons besoin ? 
  de variabilité, et que cette variabilité soit héréditaire ; 
  d'un moyen quelconque de "fixer" cette variabilité (chez les plantes
comme le blé l'orge 
  et l'avoine, cette variabilité est fixée, puisque les plantes se
reproduisent à 
  l'identique, elles se clonent en quelque sorte) [Ce sont des espèces
autogames,c'est à 
  dire qui se fécondent elles-mêmes] Vous savez que le maïs a sa fleur
mâle au sommet de 
  l'épi, et sa fleur femelle sur la tige. La fleur mâle émet son pollen
qui est trans****té 
  par les insectes, par le vent, parfois à de grandes distances, des
centaines de mètres, 
  parfois des kilomètres ; le pollen d'une plante féconde les plantes aux
alentours, il y a 
  fécondation croisée. Toute plante de maïs à l'état naturel est donc un
"hybride", parce 
  que c'est le résultat de la rencontre d'un ovule et d'un sperme venant
de parents 
  différents. Dans cette salle, vous ne vous en êtes peut-être pas rendu
compte, mais vous 
  êtes tous des "hybrides" ! Ainsi toute plante de maïs est naturellement
"hybride", et ce 
  que l'on vend à l'agriculteur sous le terme de "maïs hybride" n'est
qu'une plante 
  ordinaire, ni plus ni moins hybride que n'im****te quelle plante d'un
champ de maïs à 
  l'état naturel. Qu'est-ce alors qu'un "hybride" ? Quelle est sa
caractéristique, ce qui 
  le différencie d'une plante dans un champ de maïs ? C'est qu'on a réussi
l'opération 
  consistant à "fixer" le maïs - à rendre reproductible à volonté une
plante donnée. Si je 
  sais faire cette opération, je peux mettre en oeuvre la technique de
l'isolement ; C'est 
  exactement ce qui a été fait : à partir de la redécouverte des lois de
Mendel, on a 
  compris qu'il était possible de "fixer" le maïs, [par le stratagème de
la lignée pure, 
  dérivé de la loi de la ségrégation de Mendel] c'est-à-dire d'obtenir des
plantes de maïs 
  reproductibles à volonté, pour ensuite mettre en oeuvre la technique de
l'isolement. Et 
  de plus, ô miracle, de telles plantes ne sont reproductibles que par le
sélectionneur. 
  Pourquoi ? Chez les plantes et d'une manière générale les organismes,
qui sont 
  ordinairement à fécondation croisée, si vous faites de la consanguinité,
si vous 
  apparentez les individus qui ont une hérédité commune, il se produit un
phénomène de 
  dégénérescence qui est connu depuis la nuit des temps ; c'est la
dépression consanguine. 
  Plus la consanguinité est forte, plus les phénomènes de dégénérescence
se manifestent. 
  C'est vrai pour les mammifères et c'est aussi vrai pour le maïs. Mais
avec le maïs, vous 
  pouvez réaliser une opération de consanguinité drastique. Chez les
mammifères, vous ne 
  pouvez pas faire une consanguinité plus forte qu'un croisement
frère-soeur, ou mère-fils, 
  ou père-fille. Avec le maïs, vous pouvez faire quelque chose de radical
: vous pouvez 
  féconder une plante par elle-même. Comme les fleurs mâles et femelles
sont distinctes, il 
  suffit d'ensacher la fleur mâle et la fleur femelle, d'attendre que le
pollen soit mûr, 
  puis de le trans****ter de la fleur mâle à la fleur femelle, obtenant
ainsi une auto-
  fécondation Et cette forme drastique de consanguinité produit,
inévitablement, à la 
  génération suivante des plantes affaiblies et déprimées (souffrant d'une
forte dépression 
  consanguine !) La technique des "hybrides" met à profit ce phénomène. Ce
n'est pas autre 
  chose, nous l'avons vu, que la vieille technique de l'isolement
consistant à remplacer 
  dans le champ du paysan une population de plantes différentes par un
modèle unique. Dans 
  le champ du paysan, ces plantes se fécondent bien les unes les autres,
comme dans un 
  champ de maïs traditionnel, mais comme elles sont toutes identiques,
tout se passe comme 
  si on avait fait le travail titanesque d'autoféconder chaque plante avec
son propre 
  pollen. La génération suivante souffre de dépression consanguine et le
grain récolté ne 
  peut être utilisé comme semence. Ce que recherchaient les semenciers
depuis un demi-
  siècle. 

Le bobard de "l'hétérosis"
Les inventeurs de la technique n'allaient pas clamer sur les toits qu'ils
utilisaient la 
dépression consanguine pour empêcher les agriculteurs de semer le grain
récolté. Ils ont 
donc inventé en 1914 un phénomène biologique mystérieux, "l'hétérosis" :
le fait d'avoir 
des gènes différents exercerait un effet favorable en soi. Personne ne
sait d'ailleurs très 
bien ce que signifie le terme "hétérosis", mais peu im****te... La
technique est inventée en 
1908. En 1914, ses inventeurs la légitiment par ce phénomène mystérieux,
qui d'après 
certains serait l'inverse de la dépression consanguine. C'est un
renversement dialectique 
admirable. Au lieu de dire la vérité : " Nous utilisons la dépression
consanguine pour 
rendre le maïs "stérile" dans le champ du paysan", les généticiens
racontent depuis des 
décennies qu'ils utilisent le phénomène en gros inverse, l'hétérosis, pour
l'améliorer ! 
C'est sans doute la plus belle mystification de ce siècle . Mais ne soyons
pas trop rudes : 
en 1914, lorsque le phénomène est postulé et ce terme inventé, il n'y a
aucun moyen de 
savoir si l'état hétérozygote ou "hybride" exerçe un effet favorable ou
pas. Cette 
hypothèse ne peut être rejetée. La question n'a pu être tranchée qu'en
1964 pour le 
rendement du maïs : des travaux extrêmement précis de généticiens
américains ont montré que 
l'hétérosis (au sens de l'effet favorable en soi de ****ter des gènes
différents - la 
superdominance) n'était pas la source de la vigueur du maïs ! Les
sélectionneurs publics 
auraient donc dû mettre en œuvre d'autres méthodes de sélection, puisque
ils savaient 
qu'ils avaient choisi la mauvaise technique. Mais ces méthodes auraient
conduit à faire des 
variétés que l'agriculteur reproduisait dans son champ, et ils n'en ont
rien fait. (Le seul 
cas d'hétérosis-superdominance que l'on connaisse est celui de l'anémie
falciforme, dans 
les populations noires des zones à malaria : l'individu homozygote à gènes
normaux est 
atteint par la malaria, souffre et en meurt. L'individu homozygote à deux
gènes mutés est 
résistant à la malaria, mais est anémié par l'anémie falciforme (les
globules rouges 
prennent une forme en faucille et sont dentelés) ; l'individu
"intermédiaire" ( 
hétérozygote ), a un gène normal et un gène muté. Il présente une certaine
résistance à la 
malaria, sans être anémié. Dans les zones à malaria, il est donc
"supérieur" à chacun 
individus ****tant les mêmes gènes. C'est le seul cas do***enté de
supériorité de 
l'hétérozygote par rap****t aux deux homozygotes que l'on connaisse à ce
jour.) En 1997, le 
CIMMYT (Centre International d'Amélioration du Blé et du Maïs), à Mexico,
a organisé un 
symposium international pour faire le point sur "l'hétérosis dans les
cultures" (traduisons 
: "la dépression consanguine dans les cultures"). Voici un échantillon de
ce qu'ont raconté 
les officiants de cette cérémonie vaudoo scientifique. Annonce du
symposium : "Nous ne 
comprennons pas vraiment grand chose à la génétique, la physiologie, la
biochimie et aux 
bases moléculaires de l'hétérosis". Différents auteurs : "Les mécanismes
génétiques à la 
base de l'hétérosis sont largement inconnus." " Que connaissons nous
réellement à propos 
des bases biologiques et des mécanismes de l'hétérosis ? Très peu". "Bien
que l'hétérosis 
ait été au centre de nos préoccupations pendant de nombreuses années, le
phénomène n'est 
pas mieux compris maintenant qu'à l'époque du livre célèbre de Goven il y
a quarante cinq 
ans "... etc., etc. Non seulement on nous dit que le phénomène est
inexpliqué, mais qu'il 
est inexplicable : "Les bases génétiques exactes de l'hétérosis ne seront
peut-être jamais 
ni connues, ni comprises, mais ce fait ne doit pas empêcher d'en
poursuivre l'utilisation". 
Evidemment ! Et puisque nous n'en savons rien, nous n'avons qu'à continuer
à confisquer le 
vivant ; car c'est bien là le résultat de l'opération ! Dans le doute, il
s'agit de foncer, 
pas de s'abstenir. En pratique, comme le dit l'un des plus lucides de ces
généticiens, 
Coors, qu'il y ait hétérosis ou pas, cela n'a pas d'im****tance ! La
technique reste la même 
en pratique !
 




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Historique des techniques de sélection, par Jean-Pierre Berlan (
djm <toutestbon@[EMAIL  2008-04-14 22:01:49 

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