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"Les médias français trop légers au sujet de Berlusconi"
Propos recueillis par Marie Simon
Alberto Toscano, journaliste italien à Paris, est "énervé". "Les médias
français se contentent de stéréotypes pour parler de Berlusconi et de
l'Italie", regrette le correspondant de l'hebdomadaire Panorama et
président du Club de la presse européenne à Paris.
+ Silvio Berlusconi a largement rem****té les élections législatives.
Quelle est votre première réaction?
C’est plus une défaite de la gauche qu’une victoire de la droite !
Enfin, disons que c’est une victoire par défaut.
+En France, on ne retient souvent de Berlusconi que l’aspect populiste
et les gaffes. Qu’en pensez-vous?
Cela m’énerve beaucoup! Oui, Berlusconi fait des gaffes et traîne de
sacrées casseroles. Mais les médias français sont, je pense, beaucoup
trop légers lorsqu’ils parlent de lui. Il mérite beaucoup des critiques
exprimées mais le ton utilisé, le côté donneur de leçon, est proprement
insup****table. Et c’est avec cette même approche que les médias français
parlent de l’Italie: non, elle ne se limite pas à la mafia et au
football, notre vie politique est très complexe et pleine de
contradictions. L’Italie mérite plus que des stéréotypes! Berlusconi
aussi, d’autant qu’il a changé.
+ En quoi a-t-il changé?
Il en est à sa troisième réincarnation. En 1994, on a vu un Berlusconi
populiste qui se prenait pour Dieu et promettait de faire des miracles,
notamment en matière de création d’emplois. Il se présentait comme un
entrepreneur n’éprouvant que du mépris pour la politique, ce qu’il ne
peut plus prétendre, 15 ans plus tard. En 2001, il a mis en œuvre des
réformes de taille: en 5 ans, il est alors devenu très impopulaire.
+ Et aujourd’hui, qui est-il?
Il est un homme de 71 ans, à la tête d’un patrimoine qui se chiffre en
milliards d’euros. Il a tout eu de la vie: des enfants, des
petits-enfants, un club de foot, un cancer de la prostate… Tout! Une
seule chose lui manque: démontrer qu’il est capable de bien gérer une
Italie moderne alors que le pays se trouve dans une situation difficile.
+ A vous entendre, l’Italie a élu un homme devenu presque sage…
Attention, il fera toujours des gaffes! Mais peut-être est-il plus sage,
oui. Il s’est en tout cas présenté comme moins populiste, moins arrogant
et plus pragmatique pendant la campagne. La situation économique
italienne est très mauvaise: avec une croissance de 0,3% prévue pour
2008, un chômage très élevé dans le sud du pays et des salaires bas, le
pays se trouve au bord de la récession. Berlusconi va chercher le
dialogue avec l’autre grand parti sorti conforté par les élections,
celui de Veltroni. Les deux hommes ont tout intérêt à collaborer. Et
d’un homme de division, Berlusconi va tenter de devenir un homme
d’unité. Il a du travail car une moitié de l’Italie l’accepte… mais
l’autre moitié le déteste.


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