_La Belgique renforce sa militarisation_
Mis en ligne le 25/04/2008
<http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/417256/la-belgique-renforce-sa-militarisation.html>
«Avec le Traité de Lisbonne, en cours de ratification, l'Union réaffirme
sa dépendance vis-à-vis de l'Otan et des Etats-Unis d'Amérique en
matière de politique étrangère.
En ratifiant le Traité de Lisbonne par le vote à la Chambre des
représentants ce jeudi 10 avril 2008, le Parlement fédéral belge a
quasiment donné le feu vert à une militarisation accrue de la Belgique
sous l'égide de l'Otan (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord).
Quasiment, car les assemblées régionales et communautaires doivent
encore se prononcer pour que la ratification soit effective.
Avec le Traité de Lisbonne, en cours de ratification par les 27 Etats
membres de l'Union européenne sans consultation populaire et sans réelle
information auprès du public (à l'exception de l'Irlande où un
référendum doit être organisé), l'Union est sur le point de franchir une
étape décisive dans la militarisation tout en réaffirmant sa dépendance
vis-à-vis de l'Otan et des Etats-Unis d'Amérique en matière de politique
étrangère. D'une part, "les Etats membres s'engagent à améliorer
progressivement leurs capacités militaires" (le seul domaine où les
Etats sont incités à augmenter leurs dépenses publiques !); d'autre
part, "l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord reste, pour les
Etats qui en sont membres, le fondement de leur défense commune et
l'instance de sa mise en oeuvre", ce qui constitue de fait un abandon de
souveraineté de l'Union européenne au profit de l'Otan et des Etats-Unis.
Selon l'article 27 du Traité, "l'Union européenne pourra avoir recours à
une capacité opérationnelle s'appuyant sur des moyens civils et
militaires dans les missions en dehors de l'Union afin d'assurer le
maintien de la paix, la prévention des conflits et le renforcement de la
sécurité internationale". Autant de missions que l'Otan a décidé
d'accomplir depuis qu'elle s'est transformée, au début du XXIe siècle,
en une hyperpuissance militaire capable d'intervenir dans toutes les
régions du monde, reléguant ainsi les Nations-unies au second rang. En
effet, après la fin de la guerre froide, l'Otan a dû se trouver de
nouveaux objectifs pour continuer à exister. A l'origine, cette
organisation internationale, créée en 1949 (réunissant les Etats-Unis,
le Canada et 10 pays de l'Europe de l'Ouest) pour faire face au bloc
soviétique, ne pouvait intervenir militairement que sur le territoire de
ses Etats membres, en cas d'attaque sur leur sol. Mais après la chute du
Mur de Berlin et la disparition de l'ennemi communiste, l'Otan est
sortie de ce rôle de défense militaire pour s'octroyer une nouvelle
mission plus large : "La gestion des crises." Après le 11 septembre
2001, l'Otan, dirigée par les Etats-Unis, part en une croisade aveugle
contre le terrorisme. Pour la première fois, l'article 5 du Traité de
l'Atlantique nord est invoqué : l'attaque subie par les Etats-Unis sur
son sol constitue une attaque contre tous les Etats membres et entraîne
donc une réponse militaire collective.
C'est ainsi que la Belgique, comme d'autres pays de l'Union européenne,
s'est retrouvée embarquée dans la guerre en Afghanistan. Cette guerre
n'est pas près de s'arrêter, à entendre les déclarations du Premier
ministre Yves Leterme qui a confirmé, lors du sommet de l'Otan à
Bucarest, l'engagement "à long terme" de la Belgique en Afghanistan. En
septembre prochain, le nombre de soldats belges présents sur place
devrait d'ailleurs augmenter. L'implication de la Belgique dans l'Otan
ne s'arrête cependant pas là puisqu'elle abrite à Evere (près de
Bruxelles) le quartier général de cette organisation militaire qui est
le lieu où se prennent toutes les décisions politico-militaires dont
celles relatives à l'utilisation des armes nucléaires. Soulignons que
pour l'Otan, l'emploi d'armes nucléaires est le premier instrument à
utiliser à titre préventif contre les menaces à la paix comme la
possession d'armes de destruction massives par certains Etats "voyous".
Et comme l'a fait remarquer la Cour internationale de Justice (l'organe
judiciaire des Nations-unies) dans son avis rendu le 8 juillet 1996,
aucun Etat possédant l'arme nucléaire ne peut indiquer les circonstances
précises dans lesquelles ces armes pourraient être utilisées légalement.
Le territoire belge sert également aux Etats-Unis pour le stationnement
d'armes nucléaires, violant ainsi le Traité de non-prolifération signé
par ces deux Etats. Sur la base aérienne de Kleine Brogel, sont ainsi
stationnées 20 bombes atomiques B61 pouvant être trans****tées jusqu'à
leur cible par des F16 belges en cas de conflit.
Face à cette situation illégale au regard du droit international, mais
aussi du droit belge (le Parlement fédéral a exigé en 2005 le retrait de
ces armes nucléaires du territoire belge (1)) et à l'inertie du
gouvernement, un millier de manifestants (selon la police), venus de 17
pays, ont décidé d'agir en participant le 22 mars dernier à l'action non
violente de désobéissance civile "NATO Game Over". En tentant de
s'introduire dans le quartier général de l'Otan, les manifestants ont
voulu lancer un signal fort aux politiques pour que cessent toutes ces
violations du droit; ils ont dénoncé le rôle criminel de l'Otan dans les
guerres comme celles menées en Afghanistan. Suite à cette action non
violente, environ 500 manifestants ont été détenus au palais de justice
de Bruxelles durant six à dix heures pour "trouble à l'ordre public"
alors qu'en agissant ainsi, ces personnes dénonçaient une infraction
d'ordre supérieur. En effet, l'argument juridique de l'état de nécessité
peut pleinement s'appliquer (2).
Malheureusement, cette action symbolique n'aura pas suffi à mettre en
garde le législateur sur la dérive militariste que constitue l'adhésion
au Traité de Lisbonne. En ratifiant ce Traité, le Parlement fédéral sert
un peu plus les intérêts du gouvernement des Etats-Unis dans sa guerre
aveugle contre le terrorisme et donne les moyens à l'Otan de devenir une
puissance d'intervention planétaire capable d'intervenir dans toutes les
circonstances possibles et imaginables. C'est pourquoi nous appelons les
Parlements régionaux et communautaires à voter contre le Traité de
Lisbonne. Dire non à ce Traité sera un premier pas dans le sens d'une
Europe indépendante et pacifique».
(1) Résolution S 3-985/5 du 21/04/2005
(2) Etat de nécessité : situation dans laquelle se trouve une personne
qui, pour sauvegarder un intérêt supérieur, n'a d'autre ressource que
d'accomplir un acte défendu par la loi pénale (Bull. crim. 1994 n° 273
p. 1022)
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kael


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