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Le multiculturalisme, ou le cheval de Troie de l'islamisme

by dlink <dlink@[EMAIL PROTECTED] > May 8, 2008 at 09:41 AM

Il faut s'interroger sur un paradoxe dont les conséquences géopolitiques 
peuvent être considérables : un pourcentage significatif des populations 
de culture musulmane installées dans les pays occidentaux et désireuses 
d'y rester se montre hostile à la civilisation occidentale et manifeste 
une certaine empathie à l'égard des milieux jihadistes. C'est dans les 
pays qui ont institutionnalisé le multiculturalisme, donc inscrit dans 
la loi le principe du respect inconditionnel des « identités culturelles 
», que l'opinion musulmane s'aligne le plus sur les positions 
islamistes. Les promoteurs de l'idée d'une « citoyenneté postnationale » 
ont par ailleurs fortement contribué à légitimer le multiculturalisme 
comme forme de « politique de la reconnaissance ». La version la plus 
radicale du multiculturalisme est illustrée par la politique 
néerlandaise de « pilarisation », présentée comme un moyen de garantir 
la tolérance à l'égard des religions, en accordant un système éducatif 
séparé, des services sociaux distincts, des médias et des syndicats 
différents aux catholiques, aux protestants et aux communautés 
sécularisées. Jusqu'au début des années 2000, les gouvernements 
néerlandais successifs ont fait leur la doctrine selon laquelle le 
meilleur moyen de favoriser l'intégration des populations issues de 
l'immigration était d'encourager les immigrés à « maintenir leur propre 
culture » (1). Ils ont facilité ce « maintien » des identités 
culturelles d'origine par tout un arsenal de politiques de 
redistribution visant les « minorités culturelles » reconnues (2). Même 
si la question de savoir si les musulmans constituent un « pilier » 
séparé est restée controversée, c'est un fait que les Pays-Bas se sont 
montrés plus volontaristes que d'autres pays pour accorder aux musulmans 
des écoles distinctes (3). Le choc provoqué par l'assassinat du leader 
politique Pim Fortuyn (6 mai 2002) (4), suivi par celui du cinéaste Théo 
Van Gogh (1er novembre 2004) (5), l'un et l'autre engagés dans un combat 
contre ce qu'ils pensaient être « l'islamisation » de leur pays, a fait 
prendre conscience aux Néerlandais des limites et surtout des effets 
pervers du multiculturalisme, terrain privilégié pour la propagande 
islamiste.

La Grande-Bretagne, les Pays-Bas et le Canada sont parmi les pays 
occidentaux les plus touchés par une islamisation fondamentaliste 
intense. Le multiculturalisme modéré existant en Grande-Bretagne a été 
défini en 1966, non sans un certain angélisme, par Roy Jenkins, alors 
secrétaire du Home Office, comme « la diversité culturelle, couplée à 
l'égalité des chances, dans une atmosphère de tolérance mutuelle » (6). 
Après les attentats islamistes de Londres (juillet 2005), les 
Britanniques ont à leur tour pris conscience des dangers présentés par 
le multiculturalisme à l'époque du terrorisme jihadiste gobal. 
L'angélisme différentialiste ne devrait plus être à l'ordre du jour en 
Grande-Bretagne (7). Dans une étude d'une exceptionnelle lucidité, « 
Atmosphère suffocante dans le Londonistan », publiée en juin 2006, le 
politologue Ernst Hillebrand montre non seulement que le 
multiculturalisme britannique a totalement échoué, mais encore qu'il a 
favorisé l'emprise islamiste sur les musulmans vivant en 
Grande-Bretagne. Le constat est saisissant :

« 40 % des musulmans vivant en Grande-Bretagne souhaitent l'application 
de la Chari'a dans certaines parties du pays. 32 % pensent que les 
musulmans devraient s'engager pour mettre fin à la civilisation 
occidentale, “décadente et amorale”. 20 % disent comprendre les 
motivations des responsables des attentats du métro de Londres le 7 
juillet 2005. Dans le même temps, seuls 17 % des non-musulmans pensent 
que musulmans et non-musulmans peuvent vivrent ensemble pacifiquement de 
façon durable. Et un quart de l'électorat peut s'imaginer votant un jour 
pour un parti d'extrême droite ; bienvenue en Grande-Bretagne, dans une 
société qualifiée par le British Council de “riche d'une grande 
diversité, ouverte, multiculturelle”. Alors que les autorités persistent 
à diffuser des messages glorieux, les attentats de Londres ont crûment 
révélé une réalité qui n'avait pu échapper, auparavant déjà, à tout 
observateur attentif : le vaste échec du multiculturalisme britannique, 
du moins en ce qui concerne l'intégration des musulmans. » (8)

Les défenseurs d'un multiculturalisme institutionnel, lorsqu'ils 
professent un relativisme culturel radical, sont le plus souvent des 
ennemis déclarés de l'Occident, dénoncé comme incarnation d'un 
judéo-christianisme qui, par son intolérance et son « impérialisme », 
serait une machine à détruire les « cultures ». Comme l'a justement 
remarqué Élie Barnavi, « le multiculturalisme est un leurre », qui 
continue cependant de séduire nombre d'intellectuels et d'homme 
politiques en Europe. Le multiculturalisme se fonde implicitement sur un 
essentialisme culturel qui mine les fondements de tout ordre politique : 
« On ne bâtit pas une société digne de ce nom, ce qui implique une 
langue dans laquelle on puisse se comprendre, un minimum de culture 
commune, une mesure de mémoire partagée, en enfermant les gens dans leur 
propre langue, leur propre culture et leur propre mémoire » (9). Le 
multiculturalisme institutionnel, c'est-à-dire le multicommunautarisme, 
revient à transformer le droit à la différence en un devoir 
d'appartenance ordonné à une identité d'origine supposée et imposée 
(10). Ses défenseurs ont contribué à jeter la confusion dans les milieux 
antiracistes en définissant le racisme par le rejet du 
multiculturalisme. Dès lors, toute critique du projet 
multicommunautariste est soupçonnée d'exprimer une vision raciste, alors 
même que le multiculturalisme, quelles que soient les bonnes intentions 
de ses partisans, ressemble fort à ce monstre que serait un « 
multiracisme ». Les illusions pseudo-antiracistes suscitées par cette 
absolutisation de la différence culturelle et ce culte de la diversité 
culturelle en dissimulent mal les effets pervers : la fragmentation 
conflictuelle de l'espace public, l'ethno-racialisation des rapports 
sociaux, l'individualisation négative, la généralisation normative des 
ségrégations, l'accroissement de la défiance entre les groupes séparés 
et, pour finir, la destruction de la vie civique, mettant en danger le 
régime démocratique.

Cette pathologie sociale peut être analysée sur la base du modèle 
d'intelligibilité construit par Robert Putnam dans les années 1990 et 
mis à l'épreuve au cours des années 2000, selon lequel le « capital 
social », soit « les réseaux qui relient entre eux les membres d'une 
société et les normes de réciprocité et de confiance qui en découlent » 
(11), tend à décliner lorsque s'accroît la diversité ethnique et 
culturelle. Putnam a étudié ce qu'il appelle la « diversité ethnique » 
aux États-Unis en référence aux quatre groupes retenus par le 
recensement nord-américain : les Hispaniques, les Blancs 
non-hispaniques, les Noirs non-hispaniques et les Asiatiques. Ces 
catégories dites « ethniques » ou « raciales » sont en fait tout autant 
culturelles. Dans un article retentissant publié en juin 2007 (12), le 
sociologue et politiste en arrive à formuler un certain nombre de 
conclusions inattendues de la part d'un « progressiste », et qu'on peut 
réduire à quatre thèses : 1° Plus la diversité ethnique grandit, plus la 
confiance entre les individus s'affaiblit ; 2° dans les communautés les 
plus diversifiées, les individus ont moins confiance en leurs voisins ; 
3° dans ces mêmes communautés, non seulement la confiance inter-ethnique 
est plus faible qu'ailleurs, mais la confiance intra-ethnique l'est 
aussi ; 4° la diversité ethnique conduit à l'anomie et à l'isolement 
social. Il va de soi que de telles conclusions, établies à partir d'une 
enquête conduite d'une manière exemplairement scientifique sur un 
échantillon d'environ 30 000 individus, ne peuvent qu'affoler les 
adeptes du « politiquement correct » en matière d'immigration (célébrée 
comme une « richesse ») et les partisans du multiculturalisme (présentée 
comme la voie unique vers le nouvel avenir radieux). À la fin de son 
article, l'universitaire réputé « progressiste » qu'est Putnam définit 
sa position « politique » par un double rejet : « Il serait dommage 
qu'un progressisme politiquement correct nie la réalité du défi que 
constitue la diversité pour la solidarité sociale. Et il serait 
également regrettable qu'un conservatisme anhistorique et ethnocentrique 
refuse d'admettre que relever ce défi est à la fois souhaitable et 
possible ».

Il reste à étudier d'une façon comparative d'autres sociétés 
démocratiques travaillées par les effets négatifs d'un excès de 
diversité interne, qu'il s'agisse des Pays-Bas, de la Belgique, des pays 
scandinaves, de l'Allemagne ou de la Grande-Bretagne, sans oublier 
certains pays d'Europe méditerranéenne. L'horizon ainsi dessiné est 
plutôt sombre : si les thèses de Putnam sont fondées, universalisables 
et ainsi dotées d'une valeur prévisionnelle, alors le surgissement de 
sociétés multi-raciales et multiculturelles que favorise l'ouverture 
démocratique aura pour conséquences majeures le déclin de l'engagement 
civique et le délitement du lien social, remplacé par la défiance ou 
l'indifférence. Trop de diversité, en provoquant l'érosion de la 
confiance, tuerait la tolérance et ruinerait la solidarité sociale comme 
l'esprit civique. Dès lors, l'offre islamiste, centrée sur l'identité et 
la solidarité de groupe, deviendrait particulièrement attractive aux 
yeux des « communautés » diverses de culture musulmane. C'est dans ce 
contexte convulsif qui s'annonce, à l'heure du Jihad mondial, que les 
réseaux islamistes risquent de prendre leur essor en tout territoire 
situé hors de la « demeure de l'islam » (dar al-islam).

--------
Cet article est extrait du livre de Pierre-André Taguieff, La 
Judéophobie des Modernes. Des Lumières au Jihad mondial, Paris, Odile 
Jacob, en librairie le 25 août 2008.




 7 Posts in Topic:
Le multiculturalisme, ou le cheval de Troie de l'islamisme
dlink <dlink@[EMAIL PR  2008-05-08 09:41:19 
Re: Le multiculturalisme, ou le cheval de Troie de l'islamisme
"Jean Naimard"   2008-05-11 15:22:19 
Re: Le multiculturalisme, ou le cheval de Troie de l'islamisme
La girAFFFFF <giraffff  2008-05-11 12:02:19 
Re: Le multiculturalisme, ou le cheval de Troie de l'islamisme
Fleure bleu <dilat@[EM  2008-05-11 18:11:35 
Re: Le multiculturalisme, ou le cheval de Troie de l'islamisme
Chivas@[EMAIL PROTECTED]   2008-05-11 18:39:22 
Re: Le multiculturalisme, ou le cheval de Troie de l'islamisme
"Jean Naimard"   2008-05-11 19:19:59 
Re: Le multiculturalisme, ou le cheval de Troie de l'islamisme
La girAFFFFF <giraffff  2008-05-11 18:30:43 

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tan13V112 Sat May 17 1:41:22 CDT 2008.