Ouvrage "Le Roi du biniou"
Notre Pays de France : LE ROI DU BINIOU (Bretagne)
auteurs : Edouard Decaudin, Labesse et H. Pierret,
date : 1893. 90 dessins.
pages 57 et suivantes :
"Les marais salants sont coupés en compartiments disposés de manière à
faciliter l'éva****ation de l'eau de mer et la cristallisation du sel
qu'elle
contient. Cette eau monte, à chaque marée, dans les étiers, espèces de
canaux bordés de chaussées servant de chemins et qu'on nomme bossis ;
l'eau
passe ensuite par un conduit souterrain, la coëf, dans la vasière où elle
commence à s'éva****er, puis dans les cobiers, les fares, les adernemètres,
et elle entre enfin dans les oeillets où le sel se forme définitivement.
De
temps en temps, le paludier vient agiter l'eau afin de rendre
l'éva****ation
plus rapide.
"Pendant l'hiver, on laisse les salines sous l'eau afin que la gelée ne
puisse détériorer les clôtures en terre glaise qui les composent ; on les
assèche en avril, on les répare, puis on fait une prise d'eau de mer. Dans
les mois de juin et de juillet, cette prise se renouvelle tous les deux
jours ; dans les mois d'août et de septembre, tous les trois jours
seulement. Le dépôt de sel à chaque prise est d'environ deux millimètres
d'épaisseur dans les fortes saunaisons, ce qui donne quatre-vingts
kilogrammes par oeillet. On le laisse égoutter sur de petits plateaux
réservés entre les oeillets et qu'on appelle ladures. Les femmes viennent
alors le prendre dans des vases appelés gèdes qu'elles posent sur leur
tête,
et courant pieds nus le long des chemins glissants de la saline, elles
trans****tent la récolte sur les tremés où elle est mise en mulon et
recouverte d'une enveloppe de terre glaise pour la préserver de l'action
de
la pluie.
"Le sel qui se cristallise à la surface forme une espèce de crème blanche
qui exhale une odeur de violette et qu'on abandonne aux ****teresses pour
leur salaire.
"Le métier des paludiers est pénible et peu profitable ; ceux qui ne sont
pas propriétaires du marais ne perçoivent que le quart de la récolte. Or,
une famille de cinq personnes ne peut surveiller que cinquante oeillets et
ne perçoit pas plus de deux cents et quelques francs pour son travail de
l'année."
Ici, abandonnant sa copie, Mme Thouvenin introduisit quelques lamentations
de son cru sur le sort des sauniers, puis une habile transition, et
quelques
pages du livre habilement supprimées, elle reprit le cours de son
intéressant récit.
"Certes le gain des habitants de Batz serait insuffisant, s'ils ne
l'augmentaient par leur industrieuse activité. Dès que les travaux des
marais sont achevés, ils vont trans****ter le sel à vingt et trente lieues,
dans les paroisses les plus éloignées. Ils l'échangent contre de la cire,
du
blé, du lin et revendent ces denrées dans les villes de passage.
"Ce commerce, qu'ils appellent la troque, les a rendus très sociables et
très bons calculateurs. Presque tous savent lire et écrire et le bourg de
Batz est un des premiers en France où l'enseignement mutuel ait été
établi.
Souvent, leurs femmes les accompagnent dans ces courses lointaines ; plus
adroites à deviner ce qui peut plaire, plus promptes aux expédients, elles
augmentent les profits du voyage et en amoindrissent l'ennui.
"Que de fois avons-nous rencontré, sur les routes herbeuses qui relient
les
villages, ces longues caravanes conduites par la maîtresse mule, que
distinguaient ses sonnettes et les houppes bariolées de ses harnais ! Sur
l'accotement marchait le saunier, s'égayant à exécuter avec son fouet
mille
batteries sautillantes ou mille points d'orgue prolongés et sonores. Ses
pieds étaient poudreux, le soleil échauffait son teint hâlé ; la route se
déroulait au loin, en interminables méandres, et à peine si l'on voyait
poindre à l'horizon le clocher du village où il espérait le repos ; mais
des
deux côtés du chemin, les oiseaux gazouillaient sur les buissons et les
grillons dans les blés ; le parfum du chèvrefeuille arrivait par rafales ;
les haies fouettées au passage, faisaient pleuvoir sur sa tête les fleurs
d'aubépine, et comme enveloppé dans toutes ces harmonies et dans tous ces
parfums, le pauvre saunier allait gaîment, à la grâce de Dieu, entrevoyant
peut-être vaguement, au milieu des vapeurs lointaines, quelque maisonnette
au seuil de laquelle une femme attendait, assise, et où deux enfants
jouaient dans un rayon de soleil."
pages 145
Toute la nuit, on entendit une rumeur, comme d'une troupe en marche. Les
fidèles arrivaient par groupes de village ou de commune, ils venaient de
tous les points de la bretagne. Les hommes de Quimperlé ****tant la veste
noire avec un saint-sacrement brodé dans le dos, le haut col droit brodé ;
ceux de Pont-l'Abbé avec le gilet et la veste sans col, dont le drap
disparaît sous de lourdes broderies couleur d'or ; ceux de Pontsevrez avec
le large ceinturon de cuir blanc, ceux de Scorff tout en blanc, avec des
garnitures de velours noir, le gilet coupé en carré sur la poitrine ; ceux
de Plougastel en bleu, coiffés d'un bonnet rouge qui rappelle le bonnet
phrygien ; ceux de Quimper reconnaissables à leur grand feutre noir égayé
d'une boucle de cuivre et de chenilles multicolores ; ceux de Pontivy,
étranges avec leur long gilet noir et leurs trois courtes vestes
superposées
; ceux de Guérande en costume austère avec leurs femmes en habit monacal.
À côté de celles-ci, éclataient la beauté blonde, l'habilement élégant des
filles de Scaërs ; puis c'étaient les femmes de Ros****den qui ont remplacé
la grande collerette plissée par une sorte de capuchon de mousseline
claire
; celles de Quimper à la physionomie douce et triste, à la petite coiffe
carrée, au col goudronné encadrant le menton, et, belles entre les plus
belles, les femmes de Fouesnant couvertes de riches atours ; et celles de
pont-l'Abbé étrangement coiffées d'un "caloquet" de soie pailletée, sur
lequel elles relèvent leurs cheveux rattachés par devant sous un carré de
dentelle.
page 153 : [Quimperlé]
C'était jour de foire, la plus grande animation régnait partout. Sur la
place saint-Michel, ils virent quelques vieillards vêtus encore des
costumes
de leur jeunesse : larges bvagoubras [bvagoubras dans le texte] de toile
blanche, guêtres noires, ceinturon de cuir, veste à doubles poches et
longs
cheveux bouclés tombant sur les épaules, ou bien culottes étroites,
guêtres
brodées d'un large liseré blanc et veste de couleur claire.
Ils de mêlèrent à la foule, observant avec curiosité les coiffes aux
barbes
flottantes des femmes, leurs grandes collerettes brodées ou plissées à
petits plis et, par-ci, par-là, quelques riches costumes couverts de
broderies éclatantes ; puis, la faim les rappelant à l'ordre, ils se
remirent en marche.
page 173 : [à propos d'un mariage]
Les danses s'étaient organisées au son d'un hautbois et d'un biniou.
page 197 :
Pour Sigfried, ce qui l'intéressait à Pont-l'Abbé, c'était le bigouden,
cette singulière coiffure des femmes, et surtout le type de la population.
Les hommes grands, forts, ne sont pas beaux, les femmes plus grandes, plus
carrées, plus massives encore, sont absolument laides.
C'est une race à crâne osseux, à traits grossiers qui diffère autant de la
race à tête ronde, à cheveux bruns, avec des yeux d'un bleu sombre qu'on
considère comme indigène, que de la race venue de la Grande-Bretagne à
l'époque de l'invasion des Jutes et des Saxons, race d'hommes blonds,
grands, à figure allongée, à peau blanche, aux yeux bleu clair.
Il se demandait s'il n'était pas en présence des Bretons pur sang signalés
par le docteur Bodichon. C'était bien la peau jaune pâle, les cheveux
noirs,
les yeux bruns, les formes massives, le crâne osseux décrits par le
docteur.
Encore un sujet de recherches, pour Sigfried, lorsqu'il aurait la liberté
d'en faire.
Page 212 :
Les autres mariées étaient vêtues, comme leurs invitées, du costume du
pays
; la plus élégante arborait un mirifique tablier de moire, fraise écrasée,
alourdi d'épaisses dentelles blanches froncées autour et un châle de
blonde
blanche.
quant aux hommes - ô influence du luxe à bon marché - ils se dandinaient
auprès de leurs compagnes, assez embarrassés de leur chapeau haute forme
et
de leur complet de cérémonie de la Belle Jardinière. On se serait cru dans
une banlieue parisienne, d'autant plus que, laissant les intéressés à
leurs
petites affaires, les messieurs ressortirent incontinent et se dirigèrent
vers un "débit" afin de se rafraîchir en attendant que la cérémonie fût
achevée.
page 238 :
Ce passant fut une passante ; une fillette d'une douzaine d'années vêtue,
suivant la coutume bretonne, des mêmes habits qu'eût ****tés une femme :
lourde jupe de drap encore alourdie de mates broderies, corsage ouvert sur
une guimpe finement plissée, croix d'or au cou, grande coiffe blanche à
barbes relevées et collerette de dentelle couvrant les épaules. Ce
costume,
dont le souvenir se liait pour lui à celui de son amie, frappa Emmanuel.
a.. une petite fille de Scaër, pensa-t-il, elle est peut-être en visite
chez Jacquette ; si je l'interrogeais.
page 255 :
LE ROI DU BINIOU
"Si vous voulez savoir pourquoi Francen-ar-Mor avait été surnommé le Roi
du
biniou, je vous apprendrai que ce n'était pas seulement parce qu'il avait
plus de souffle qu'aucun autre sonneur, ni parce qu'il savait plus et de
plus beaux airs, c'était surtout à cause de la manière dont il jouait ces
airs.
"Il y a des sonneurs qui peuvent jouer des gavottes depuis l'aube jusqu'à
la
nuit, sans que personne ait l'idée de lever un pied pour commencer la
danse.
Avec Francen-ar-Mor, ce n'était pas ainsi : il n'avait pas plus tôt fait
entendre trois mesures, que filles et garçons s'élançaient dans la prairie
;
à la quatrième, les vieilles femmes suivaient, à la cinquième, les vieux
allaient les rejoindre.
Gai, donnez-moi la main, ma douce. Deux pas glissés, un pas frappé,
suivez-moi les belles ! Les petits enfants à la mamelle s'en trémoussaient
dans les bras de leurs nourrices. Il y avait surtout un air qu'on lui
demandait toujours : celui-là était si entraînant qu'il aurait fallu être
impotent pour y résister, les béquilleux eux-mêmes en reprenaient de
l'agilité.
"Francen-ar-Mor était si orgueilleux de la puissance de ses airs qu'il
avait
trouvé tout naturel d'être appelé le Roi du biniou. Il se donnait lui-même
ce titre, et quand il avait vidé quelques bols de cidre de trop, il
affirmait que, s'il le voulait, il ferait danser les arbres, les rochers,
les bêtes des forêts et de la mer, comme un certain musicien des temps
anciens (Amphion), dont lui avait parlé le recteur, mais dont il avait
oublié le nom.
"pas d'aire neuve, de pardon ou de noce un peu cossue où Francen-ar-Mor ne
fût appelé.
"Un jour, on le demanda pour une noce si riche, que la mariée ****tait une
robe à laquelle dix-huit tailleurs avaient travaillé pendant trois mois
pleins, tout le jour durant et la veillée aussi, une de ces noces où les
tables rompent sous les viandes, où l'on boit le cidre à tonneau défoncé.
Il
était venu, l'habile sonneur, dans son beau costume de fête, un velours
neuf
à son chapeau et des rubans de toute couleur noués à son biniou ; et de
sonner :
" - Allons, une gavotte, les gars ! qui d'entre vous conduit la danse ?
Allons une gavotte, les belles filles !
Ouvrage :Victor Hugo Les Travailleurs de la mer, édition 1866, volume 3 :
page 199.
Ah ! idiot ! tu m'as pourtant assez ennuyé avec ton bug-pipe. On appelle
ça
biniou en Bretagne.
[bug-pipe : à vérifier]
Titre : La musique et les musiciens
Auteur : Lavignac, Albert (1846-1916)
Éditeur : Delagrave (Paris)
Date d'édition : 1938
page 122 :
INSTRUMENTS À ANCHE DOUBLE À RÉSERVOIR D'AIR
Cornemuse, biniou, zampogna [?], bag-pipe, musette, etc.
Ces divers instruments, dont on trouve encore quelques représentants dans
le
midi de la France, en Bretagne, en Italie et en Écosse, appartiennent à
une
même famille, d'origine très ancienne.
Ils se composent essentiellement d'une outre en peau (ou une vessie) qu'on
remplit d'air ; à ce réservoir viennent aboutir des tuyaux sonores de
différentes dimensions, dont les uns donnenet un son fixe et immuable, une
pédale (dans le sens harmonique du mot), le plus souvent même une double
pédale, tonique et dominante, tandis que les autres, percés de trous et
munis d'une anche de hautbois, permettent de jouer des airs assez variés
et
rapides, mais dans une étendue très restreinte.
Les binious bretons et les bag-pipes écossais présentent souvent des
gammes
qui nous paraissent bizarres, sans note sensible, ou incomplètes, et sont
des vestiges d'anciennes tonalités aujourd'hui abandonnées ; à ce point de
vue, ils sont intéressants pour l'histoire de la musique.
Il est impossible aussi de ne pas voir dans ce groupement de tuyaux autour
d'un réservoir d'air, chez des instruments d'origine indubitablement très
ancienne (on en trouve des traces chez les Hébreux), une idée qui a pu
précéder celle de l'orgue et y conduire.
Cet instrument n'a jamais figuré dans l'orchestre.
En Angleterre, la musique de certains régiments écossais est entièrement
formée de bag-pipes et de fifres.
Titre : Pouillé historique de l'archevêché de Rennes / par l'abbé
Guillotin
de Corson.
Auteur : Guillotin de Corson, Amédée (1837-1905)
Éditeur : Fougeray (Rennes)
Date d'édition : 1888. 6 volumes. Tome 4.
page 53 :
BAGUER-MORVAN
Origines : - Le nom évidemment breton de cette localité, signifiant troupe
des hommes de mer (bagad mor van), rappelle les émigrations bretonnes qui
peuplèrent au VIe siècle tout notre littoral ; il prouve par là même
l'antiquité de la paroisse, dont l'origine doit se rattacher à la
formation
même du diocèse de Dol.
BAGUER-PICAN :
Origines. - Comme la précédente, cette paroisse peut bien remonter à
l'époque où le breton était encore parlé sur notre littoral ; nous
admettons
même volontiers l'étymologie donnée par l'annotateur du Dictionnaire de
Bretagne (vo Baguer-Pican), Bagad Bic'han vel Bihan ; mais nous traduisons
ces mots par la petite troupe, la petite émigration, et non pas par le
petit
Baguer, car nous ne croyons pas que Baguer-Pican, qui n'est pas même
limitrophe de Baguer-Morvan, ait été détaché de cette dernière paroisse,
comme le dit cet annotateur.
mots clés : marais salants guérande costume breton bigouden biniou bagad


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